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Le blog de Marc Jammet, conseiller municipal PCF de Mantes la Jolie

L'Humanité. Précarité. L’Europe compte plus de 700 000 sans-abri

4 Avril 2019, 18:45pm

Publié par Marc Jammet

Le nombre de personnes vivant à la rue a crû de 10 % depuis 2009.

Les pays privilégient une gestion à courte vue et délaissent trop la prévention, dénoncent les associations.

 

La politique d’accueil des personnes à la rue par les pays de l’Union européenne (UE) est inhumaine, coûteuse et court-termiste.

C’est le constat sans appel dressé hier par la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri (Feantsa) dans son 4 e rapport consacré à l’hébergement d’urgence.

Jusqu’à présent, l’UE ne s’est pas dotée d’outils spécifiques pour chiffrer et analyser précisément ce phénomène de grande exclusion.

Seule certitude : il est en extension partout, à l’exception notable de la Finlande et de la Norvège.

Le nombre de sans-abri en Europe a crû de 10 % depuis 2009.

Il dépasse désormais les 700 000 personnes, soit 0,14 % de la population.

Avec certaines progressions spectaculaires, comme en Angleterre où un bond de 23 % a été constaté entre 2013 et 2017.

« Les chiffres européens se rapprochent de ceux aux États Unis », alerte Freek Spinnewijn, le directeur de la Feantsa.

Malgré l’émergence timide de la thématique du logement dans le débat des élections européennes, cette situation reste largement ignorée des politiques.

À Bruxelles, la Feantsa n’a reçu que deux réponses positives à son appel aux députés pour participer à des débats sur la question.

 

La mise à l’abri dite « inconditionnelle » n’est appliquée nulle part.

La gestion au thermomètre reste la norme.

« Cela signifie qu’à la fin de la trêve, un nombre massif de gens sont remis à la rue », rappelle Chloé Serme-Morin, une des deux rédactrices du rapport.

Cette politique précarise ce public déjà fragile et empêche la mise en place d’un accompagnement de long terme, le seul permettant une sortie pérenne de la rue.

En Angleterre, près de la moitié (45 %) des personnes accueillies en hébergement d’urgence sortent complètement des radars de l’assistance dès la fin de la trêve.

 

Mais, même en période hivernale, l’accès à l’hébergement relève de plus en plus du parcours du combattant, avec des procédures administratives longues et complexes, ou des numéros d’appel (comme en France avec le 115) surchargés et incapables de répondre à la demande.

Faute de places, les sans-abri sont l’objet d’un tri.

Dans certains pays, comme les Pays-Bas, la République tchèque ou la Slovénie, l’accueil est conditionné à une participation financière.

Des critères parfois ubuesques sont mis en place : prouver un lien avec le territoire (Italie, Portugal), fournir un casier judiciaire vierge (Allemagne) ou une fiche d’imposition (Grèce), ne pas être jugé « trop autonome » (Pays-Bas)...

 

La qualité de l’accueil n’est pas non plus au rendez-vous et agit comme un repoussoir.

Le plus souvent, les sans-abri sont hébergés dans des dortoirs, mais aussi dans des chambres partagées, voire dans des hôtels pour les familles.

La promiscuité est la règle.

Jusque dans les sanitaires ou les douches collectives sont monnaie courante.

Un problème d’autant plus aigu que, à côté des hommes, toujours majoritaires, les femmes et les familles sont de plus en plus nombreuses à se retrouver à la rue.

Beaucoup de ces structures adoptent, par ailleurs, des règlements intérieurs très restrictifs.

 

« Un abri, ce n’est pas fait pour se reconstruire, mais pour répondre à une urgence. Pourtant, faute de logements abordables, c’est en train de devenir la norme », observe Sarah Coupechoux, autre rédactrice du rapport, en charge de l’UE à la Fondation Abbé-Pierre.

Dans tous les pays, le temps passé dans ces structures de court terme ne cesse de s’allonger.

En Pologne, un quart des sans-abri y restent plus de dix ans !

La durée moyenne en Italie est de 2,5 ans.

En France, entre 2010 et 2015, on est passé de 45 à 99 nuitées.

Rester longtemps dans ces lieux d’isolement, où la reconstruction sociale est impossible, contribue à la « chronicisation du sans-abrisme », observe la Feantsa.

Pourtant, le recours à l’hébergement coûte cher.

Surtout si on prend en compte les coûts sur la santé, la scolarisation chaotique ou le maintien dans l’emploi.

« Le passage par l’hébergement coûte 20 000 euros par an à la société, contre 9 000 pour une personne directement réinstallée dans un logement », calcule la Feantsa.

Qui appelle l’UE à sortir de cette logique de mise à l’abri a minima.

Et préconise d’investir de nouveau dans la construction de logements abordables et dans une politique de prévention.

 

Camille Bauer

 

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