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Le blog de Marc Jammet.

L'Humanité. Polémique. Le retour de bâton antiféministe

23 Janvier 2018, 09:34am

Publié par Marc Jammet

La tribune publiée mardi, qui mélange les débats et « défend une liberté d’importuner », annonce la couleur d’une contre-offensive réactionnaire.

 

Ils n’ont pas osé.

Elles l’ont fait.

La tribune publiée mardi dans le Monde, signée par cent femmes qui « défendent la liberté d’importuner », est dégustée par les réactionnaires avec la gourmandise un peu obscène de ceux qui n’ont pas eu la bravoure de l’assumer publiquement.

« Cette tribune, c’est un peu le collègue gênant ou l’oncle fatigant qui ne comprend pas ce qui est en train de se passer », ironisent des féministes dans un texte publié hier sur Franceinfo, intitulé « Les porcs et leurs allié.e.s ont raison de s’inquiéter ».

Un texte qui confond le désir, le plaisir avec la violence

 

« J’attendais la première réaction significative d’un contre-mouvement et la voici, à l’initiative de femmes, ce qui ne m’étonne pas », analyse l’historienne Christine Bard, auteure des premiers travaux universitaires sur l’antiféminisme.

« Il y a toujours eu des femmes antiféministes, parfois très nombreuses et beaucoup plus puissantes que les femmes féministes. Il faut donc leur accorder beaucoup d’attention car elles aussi font l’histoire, rappelle-t-elle.

Tout en défendant les intérêts des dominants, elles pensent aussi défendre leurs intérêts : lesquels ?

C’est aussi leur inconscient qui parle, et leur imaginaire qui s’exprime : le féminisme comme marâtre toute-puissante empêcheuse de jouir ! »

Car c’est l’argument avancé par le texte caricatural et poussif, cosigné par des personnalités comme Catherine Deneuve, Catherine Millet, Élisabeth Lévy ou Sophie de Menthon.

« Cette fièvre à envoyer les “porcs à l’abattoir”, loin d’aider les femmes à s’autonomiser, sert en réalité les intérêts des ennemis de la liberté sexuelle », écrivent-elles, dénonçant un puritanisme inhérent au féminisme.

« C’est surtout la liberté sexuelle des hommes qui est défendue », relève Christine Brard.

« Faire passer les féministes pour des coincées, voire des mal baisées : l’originalité des signataires de la tribune est… déconcertante », se désole de son côté Caroline De Haas. Cosignataire du texte publié hier sur le site de Franceinfo, la militante féministe Lucie Groussin s’inquiète de la vision de la sexualité véhiculée par cette tribune.

Sur le refrain de « la misère sexuelle des hommes », ce texte « confond la séduction, donc le respect, le désir et le plaisir, avec la violence, regrette-t-elle.

D’un côté, on considère l’autre comme son égal.e, en respectant ses désirs, quels qu’ils soient.

De l’autre, comme un objet à disposition, sans faire aucun cas de ses propres désirs ou de son consentement ».

Pour elle, cette offensive reflète aussi une vision de classe, loin des réalités quotidiennes de la majorité des femmes.

« Les signataires de ce texte sont les mêmes qui n’hésitent pas à dénoncer le sexisme quand il émane des hommes des quartiers populaires, souligne Lucie Groussin.

Mais la main au cul, quand elle est exercée par des hommes de leur milieu, relève selon elles du “droit d’importuner”. »

« Une reprise de tous les arguments du vieux discours antiféministe »

 

Quand l’ancienne ministre socialiste Laurence Rossignol qualifie cette offensive de « gifle à l’encontre de toutes les femmes qui dénoncent la prédation sexuelle », Nadine Morano et Christine Boutin applaudissent des deux mains en apportant leur soutien public à la tribune.

« On y retrouve tous les arguments du vieux discours antiféministe accusant un féminisme (imaginaire) de divers maux, rappelle Christine Bard : haine des hommes, haine de la sexualité, victimisation des femmes, atteinte à la liberté d’expression et de comportement, perspective totalitaire – des arguments que l’on trouve chez Zemmour comme chez Élisabeth Badinter. »

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