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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 08:16

La filature Le Blan aux Journées du Patrimoine à Mantes-la-Ville

Venue de Lille en 1917, cette filature s'implante d'abord à Mantes-la-Jolie, puis à Mantes-la-Ville, définitivement croit-on. Mais en 1961, elle se re-délocalise à Lille, laissant sur le carreau ses travailleurs, dont une majorité d'ouvrières.

Un groupe d'historiens locaux, dont certains sont adhérents à l'Institut CGT d'histoire sociale de la région mantaise, ont écrit un livre à ce propos. Je vous incite à l'acheter

La filature Le Blan aux Journées du Patrimoine à Mantes-la-Ville

Et pour vous conforter dans cet achat, une chronique sur Simone Jaouen, née Deshumeurs, la mère de ma compagne Danielle, ouvrière à 13 ans et un jour dans cette filature:

Elle est née le 20 novembre 1912 et va travailler le 21 novembre 1925, à 13 ans et un jour. Ses parents ont répondu à l’une des nombreuses annonces de la Filature Le Blan sur l’embauche de « fillettes de 14 à 16 ans ». L'usine respecte ainsi la législation sur le travail des enfants : la petite Simone a terminé sa scolarité aux dernières vacances d’été et elle est sur sa quatorzième année. De tous temps, les filatures ont fait travailler les enfants ; au 19e siècle, les industriels du textile ont grondé, au nom de « la liberté de l’industrie et du droit des parents à choisir le travail de leurs enfants », contre la scolarité obligatoire jusqu’à 13 ans. La petite taille des enfants leur permet d’accéder sous un métier afin de remédier à un quelconque blocage.

Simone Deshumeurs se souvient de cette maudite sirène qui sonnait chaque jour à 4h 45 du matin, pour embaucher à 5h précises. Habitant dans le haut de Mantes-la-Ville, la petite fille courait à travers champs, puis dans les rues sombres, pour être à l’heure. Sinon, raconte-t-elle, « on était reçue par le contremaître, là-haut dans la verrière, sous le regard de tout l’atelier. A peine une minute de retard et la filature nous retenait une heure sur notre paye ».

Et les amendes, pour une parole de trop au travail, quand le fil casse ou s’enroule mal sur la bobine. Simone gagne moins de 20F par mois, une femme un peu plus, mais toujours moins qu’un ouvrier. Voilà pourquoi la filature emploie une majorité d’ouvrières et des enfants. Encore en 1931, Ouest-France publie qu’elle « recherche des familles ouvrières, principalement des jeunes filles. »

« Les jours où monsieur Le Blan visitait les ateliers, en plus du travail à nos machines, nous devions balayer le moindre fil à terre », dit encore Simone Deshumeurs. Elle se rappelle aussi « la caisse en bois en bout du métier, qui servait à entreposer nos effets et le manger de toute l’équipe, tout cela dans un air surchauffé et humide, sans aération, pour mieux travailler le coton ». En effet, ce textile doit se travailler sous une température moyenne de 28° et avec une hygrométrie de 60% d’humidité.

Et ces accidents du travail qui ne sont pas rien ; le Journal de Mantes du 15 août 1923 relate l’amputation de l’index et du majeur « d’une jeune fille de Mantes qui a eu sa main droite broyée par une pièce de sa machine ».

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Ci-dessus, la petite Simone en 1924, qui sera embauchée à la filature à l'automne 1925.

Certes, Simone Deshumeurs, jeune maman, mettra son fils à la crèche de la filature. Elle disposera d'une entrée gratuite au cinéma tenu par le patronage catholique de Mantes. Et elle répondra présente aux bonnes oeuvres dispensées par la filature et dont la presse se fait l'écho, comme cette quête en faveur de la pouponnière et des enfants malades de l'hôpital:"M et Mme le Directeur, 50F; M et Mme l'Ingénieur, 15F; Personnel, 581F, 25". Non, Simone ne manque pas de charité chrétienne, mais comment refuser, même avec un petit salaire, lorsque la collecte est présentée avec en tête le directeur et l'ingénieur?

Durant l'Occupation nazie, Jacques Le Blan, directeur de la filature, est membre du conseil municipal de Mantes-la-Ville, désigné par le maréchal Pétain, comme MM. Lefèvre-Selmer et Dolnet, fabricants d'instruments de musique, M. Coudant directeur des Ciments français ou M. Renard industriel. Ce conseil municipal débaptise les rues René Valognes, Francisco Ferrer, Marcel Sembat, Louise Michel, Camélinat, Robespierre et Roger Salengro; la rue Karl Marx était déjà devenue rue Parmentier en février 1941. 

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Publié par Marc Jammet - dans Mantes-la-Ville histoire
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